Les Enfants du Brexit

EuroCité est un think-tank d’engagement citoyen, qui promeut une meilleure compréhension des enjeux européens. Nous soutenons la coopération pacifique des nations européennes entre elles. L’évolution de la situation au Royaume-Uni est à cet égard un sujet d’inquiétude.

En effet, lors de la campagne du référendum de 2016 sur la sortie de l’UE, l’information présentée fut souvent partiale ou inexacte.[1]Les confrontations à connotations racistes se multiplièrent dans l’espace public, culminant avec l’assassinat de Jo Cox, une députée et militante de gauche. Depuis, les menaces de mort contre les parlementaires britanniques se sont multipliées, faisant l’objet cette semaine de plusieurs interventions à la chambre.

Le référendum de 2016 était une consultation publique dont le résultat n’est pas légalement contraignant. La marge serrée de majorité pour la sortie de l’UE (52%) est vulnérable à des fluctuations d’opinion ou de composition de l’électorat.[2]La campagne officielle du « Leave »[3]a été condamnée par une cour britannique à verser une amende conséquente pour avoir enfreint les règles de financement de campagne. Les dirigeants britanniques ont été des plus incohérents, manifestant de nombreuses fois une compréhension limitée des relations entre l’UE et leur pays.[4]Le referendum de 2016 n’a donc pas été précédé d’un débat démocratique sain, et les données nécessaires pour prendre une décision informée ne sont devenues accessibles que de façon partielle, perturbée par le flot de la propagande anti-européenne et des « fake news » de la presse tabloïd.  Le résultat est un parlement et une nation plus divisés que jamais, dont aucune majorité ne parvient à se dégager. La situation est bloquée, et l’indépendance de l’État menacée par la faiblesse de ses décideurs.

La démocratie doit pourtant opérer librement, et le peuple du Royaume Uni exprimer une opinion informée sur ce sujet crucial. Une option de sortie de la situation actuelle, défendue par le centre et centre gauche (libéraux, écolos, et sociaux-démocrates) serait de procéder à un second référendum. Le Parti travailliste, divisé, vient d’adopter lors de sa conférence annuelle une position alternative ambiguë : un report supplémentaire du délai de sortie (actuellement fixé au 31.10), suivi d’une élection législative.[5]Les conservateurs modérés, souhaiteraient une sortie selon les termes de l’accord négocié par Theresa May, qui inclue l’option du « Backstop » (conservant l’Irlande du Nord dans l’union douanière). Cela serait probablement la solution préférée à Bruxelles et dans les capitales européennes, car la plus simple. Le premier ministre Boris Johnson, qui gouverne actuellement avec une cohorte d’ultra-conservateurs issus de la campagne du « Leave » de 2016, souhaite une élection immédiate, suivie d’une sortie le 31 octobre, probablement sans accord. Il est en tête dans les sondages, mais le parlement s’oppose à l’élection qu’il sollicite.

« Brexit » est devenu un thriller quotidien, imprévisible, insensé, dont les retournements innombrables ne se comptent plus. Le risque est grand que la démocratie s’essouffle dans ce jeu de dupes. Il est temps que les politiques britanniques se comportent en adultes, et s’attaquent enfin de façon concertée aux véritables défis de notre temps : sociaux, environnementaux, et géopolitiques.

[1]Notamment le slogan concernant le cout de la participation à l’UE, donné comme 350 millions par semaine, ce qui est faux.

[2]Notamment par l’accession à la majorité de personnes trop jeunes pour voter en 2016

[3]L’état britannique a désigné, sur dossier de candidature, deux organisations crées pour l’occasion, dont le rôle était de mener les campagnes du ‘leave’ (non à l’adhésion à l’UE) et ‘remain’ (oui à l’adhésion).

[4]Le mardi 16 septembre 2019, M. Juncker aurait déclaré que pour la première fois, “Boris Johnson comprit la signification du marché commun” (lors d’un déjeuner au Luxembourg) :
https://www.ft.com/content/7453c686-d9b7-11e9-8f9b-77216ebe1f17

[5]Corbyn, le leader du parti travailliste, pense pouvoir négocier un nouvel accord avec l’UE, et donc un « Brexit » travailliste

 

Le 29 septembre 2019

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