Les avis sont partagés : Adhésion des Balkans à l’UE

Crédits image : Flick, Zoi Environment Network

Les avis sont partagés parmi les membres d’EuroCité…

Adhésion des Balkans occidentaux à l’UE

EuroCité publie depuis 10 ans des notes d’analyse sur la politique européenne. A partir de 2019, nos publications ont évolué vers un format plus accessible, sous forme d’entretiens et de blogs. Aujourd’hui, nous vous invitons à participer à nos débats internes et à découvrir les avis de nos membres, souvent partagés sur des sujets au coeur de la démocratie européenne.

Pour commencer, nous vous présentons un débat qui anime certains de nos adhérents depuis plusieurs mois : celui de l’adhésion à l’UE des Balkans occidentaux. Pour plus de clarté, une fiche d’information sur le sujet figure en fin de document.

José :

Je suis pour mais petit à petit et sans aucune pression. Je pense qu’il faut veiller à ce que leur intégration après l’accession ne soit pas trop difficile. Il faut aussi voir si ces pays veulent vraiment contribuer à un projet Européen avec la même ferveur que nous. Si ce n’est pas le cas alors c’est vraiment dommage de faire tant d’efforts pour faciliter leur intégration. Il y a déjà tellement de difficultés et d’obstacles sur ce chemin pour les pays membres. Si on s’aperçoit que leurs valeurs et principes de gouvernement sont contraires ou opposés à ceux de l’UE, alors je suis contre une intégration et Européanisation forcées. Je pense que cela ne sert à rien.

Lorena :

L’idée me plaît, sur le papier. Je trouverais formidable que ces pays nous rejoignent. Ils ont subi des conflits armés, des crises multiples, et ont su se relever à chaque fois. De plus, je ne peux m’empêcher de penser à la portée symbolique de voir entrer dans l’UE des pays majoritairement musulmans, ce serait un signe fort! Mais si je suis réaliste, je ne pense pas que ce soit le bon moment. Force est de constater que certains Etats membres ne jouent pas le jeu (qu’attend-on pour les sanctionner?) Ce qui semblait hier une caricature au sujet de certains pays d’Europe de l’est qui ne seraient dans l’UE que pour toucher des aides financières, profiter des avantages du marché unique et se protéger de leur grand voisin se révèle aujourd’hui exact. Ils traînent des pieds pour mettre réellement en oeuvre l’acquis communautaire, refusent tout approfondissement de l’intégration européenne, n’ont pas de curiosité pour le reste de l’UE, trouvent excuse sur excuse pour ne pas lutter sérieusement contre la corruption ou améliorer la gouvernance démocratique, au détriment de leur population (c’est bien ça le pire!). Le concept de “citoyenneté européenne” est pour eux un gros mot. Peut-être que les pays “historiques” n’ont pas su intégrer certains pays de l’élargissement, mais difficile de ne pas être déçue. Alors d’accord pour l’adhésion des pays des Balkans occidentaux mais à condition qu’ils aient réellement envie de participer au projet européen, parce qu’ils y croient et veulent y contribuer avec enthousiasme. Si non, ce sera une nouvelle charge à supporter pour l’UE et une incompréhension, un désintérêt, voire un rejet encore plus fort de la part du reste des citoyens européens.

Ivy :

Pour ma part je suis pour l’accession des maintenant, et je ne suis pas d’accord avec les arguments de José et Lorena. Je pense qu’invoquer les différences culturelles et les manquements à l’état de droit est trop souvent une excuse pour retarder l’accession. Cela fait le jeu de la droite conservatrice et des extrêmes politiques, qui préfèrent utiliser les régions frontalières de l’UE pour sous-traiter les demandes d’asile, ou pour établir des relations commerciales asymétriques très favorables aux grandes institutions bancaires et commerciales européennes. On préserve donc les fortes inégalités d’opportunités entre membres et non membres, en créant des barrières artificielles et toxiques à l’accession.

Arthur :

Pour ma part je suis pour l’adhésion des Balkans occidentaux, mais je ne pense pas que le moment soit bien choisi actuellement. Il me semble qu’on est dans une période où règne en UE un état d’esprit délétère et empreint d’euroscepticisme. Cela crée un climat qui n’est pas approprié pour accueillir et intégrer de nouvelles communautés nationales, avec tous les défis que cela représente. Il faudrait probablement attendre une période plus enthousiaste où règne un climat moins anxiogène. L’élargissement d’une famille est souvent une excellente nouvelle et l’occasion pour les membres existants d’accueillir le ou les nouveaux venus à bras ouverts, optimistes et résolument tournés vers l’avenir. A nous d’agir pour faire en sorte que les Européens retrouvent cet état d’esprit. Car chaque année de plus passée à agiter la promesse d’une adhésion future à l’UE ne fera qu’augmenter la frustration des Balkans et nul doute que ces derniers sauront se tourner vers d’autres pays prêts à les ramener dans leur giron.

Élisabeth :

Il est préférable que les Balkans occidentaux adhèrent à l’Europe, cela les renforce et cela nous renforce. Peut-être que j’ai même la position la plus radicale parmi nous : si nous ne le faisons pas, ils s’éloigneront et se rattacheront à d’autres zones d’influence. Je conçois bien les arguments qui mettent en garde contre des disparités économiques et culturelles trop importantes au sein de l’UE. Mais l’objectif de l’Union européenne, la convergence, est crucial dans cette réflexion. Nous divergerons de plus en plus si nous ne les intégrons pas. A mon avis, si la Turquie avait eu une véritable perspective d’adhésion, elle n’aurait pas pris le chemin autoritaire qu’elle a pris. L’adhésion aurait renforcé le sentiment d’appartenir à l’Europe et aux valeurs européennes. Peut-être suis-je naïve mais c’est ce que je pense sincèrement.

Marie :

Je suis assez d’accord avec la position d’Élisabeth. Je pense que les promesses d’adhésion du Conseil européen, comme celles qui ont longtemps été faites à la Turquie ou plus récemment à la Macédoine du Nord, doivent être réalistes et mener à des débouchés clairs. La politique déployée dans le voisinage par l’UE doit comprendre une finalité claire, sans quoi la conditionnalité ne peut fonctionner correctement. Il faut que le processus soit transparent, juste, et que les efforts demandés soient proportionnés. Les demandes de réformes sont de taille pour les pays balkaniques et ne peuvent être efficaces sans la “carotte” qu’est la perspective d’adhésion. Sans cela, le risque est que cela crée un sentiment anti-européen parmi la population des pays candidats : on leur demande des réformes dures, sans aucune contrepartie tangible. Ils deviennent alors très vulnérables à l’influence politique, financière et commerciale d’autres pôles d’influence dans le voisinage, comme l’Arabie Saoudite, la Russie, ou la Turquie. Bien entendu, il faut également éviter les adhésions à marche forcée. Un processus d’intégration graduelle pourrait être envisagé. Au fur et à mesure des progrès effectués par les pays candidats pris individuellement, ces derniers pourraient avoir accès à une part grandissante de l’espace communautaire européen, en adoptant une approche différenciée prenant en compte les spécificités de chacun.


Crédit image : EU Court of Auditors

Adhésion des Balkans occidentaux à l’UE : informations clés

  • Comment devient-on membre de l’UE ?

L’adhésion d’un pays tiers à l’Union Européenne suit un processus long et codifié :

  • Cela commence par un dépôt de candidature, qui mène à un statut de « pays candidat » accordé par le Conseil européen.
  • Le pays candidat développe alors avec l’aide de l’UE une stratégie de pré-adhésion au cours de laquelle certaines réformes doivent être mises en œuvre.
  • La mise en œuvre de cette stratégie permet l’ouverture de négociations d’adhésion, qui peuvent durer sans limite dans le temps (pour la Turquie, celles-ci se poursuivent depuis 1987).
  • Quelle est la situation des pays des Balkans ?

La région des Balkans correspond, dans l’usage courant, à la péninsule couvrant le Sud-Est de l’Europe. Elle englobe donc la Grèce, la Slovénie et la Bulgarie, pays membres de l’UE, ainsi que la Croatie, admise en 2013. Le sommet de Thessalonique en 2003 a consacré l’importance de l’Etat de droit pour l’adhésion des anciennes républiques yougoslaves et de l’Albanie à l’UE (dits : « Balkans Occidentaux ».  EuroCité avait publié sur le sujet un rapport du député Pierre-Yves Le Borgn’ en 2017. Une stratégie d’élargissement a depuis été mise en place par la Commission. 

  • Pourquoi en parle-t-on aujourd’hui ?

Parce que le sujet est devenu pressant. La stratégie 2017 de la Commission Juncker promettait des dates (dont 2025 pour la Serbie) qui sont aujourd’hui remises en cause. L’UE est prise au piège de ses propres contradictions. Elle souhaite d’un côté, notamment par le biais de ses investisseurs, une intégration rapide des Balkans et de son potentiel de croissance (en particulier hydro-électrique, mais aussi touristique, ainsi que ses consommateurs et sa force de travail bon marché). De l’autre, elle s’inquiète de la porosité des Balkans à l’immigration et à la demande d’asile, ainsi que du ressenti des populations des pays membres face à l’adhésion de pays musulmans (Bosnie et Albanie), frontaliers et parfois rivaux (telle la Macédoine du Nord vis-à-vis de la Grèce, mais aussi la Serbie et le Kosovo), ou sources d’émigration vers les pays les plus riches de l’UE.

  • Des évènements marquants récemment?

Oui. Grand mélodrame au Conseil européen du 18 octobre 2019 : Emmanuel Macron a opposé le veto de la France à l’ouverture d’un processus d’adhésion pour l’Albanie et la Macédoine du Nord, ce qui fut compris comme un veto à l’adhésion de l’ensemble des Balkans occidentaux. Certains médias internationaux ont vu ce camouflet comme

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