Une nouvelle direction pour le SPD

Les adhérents du SPD, le parti social-démocrate allemand et premier parti politique créé en Europe, ont élu une nouvelle direction : Saskia Eskenet Norbert Walter-Borjans. Jamais entendu parler d’eux ? En effet, il s’agit, pour la première, d’une députée du Bundestag élue en 2013 et issue du sud de l’Allemagne (du Bade-Wurtemberg), membre de l’aile gauche du groupe parlementaire, et très peu connue nationalement. Quant au deuxième, à peine plus connu, il s’agit d’un ancien fonctionnaire de la région Rhénanie-du-Nord-Westphalie, ministre régional des Finances dans sa région entre 2010 et 2017. En 2012, il s’est fait quelque peu connaître en plaidant contre un accord fiscal avec la Suisse qui aurait entraîné une amnistie pour les fraudeurs allemands et a réussi à obtenir l’achat d’informations sur ces fraudeurs via des lanceurs d’alerte. Tous deux se sont positionnés contre la politique de Gerhard Schröder appelée Agenda 2010 (Hartz IV).

Peut-on pour autant dire que l’aile gauche a pris la direction du parti ? Et peut-on aller plus loin et affirmer qu’à l’instar du Parti travailliste britannique depuis 2015, le SPD commence à renier sa phase « néo-libérale » et se repositionne clairement à gauche sur l’échiquier politique ?

La réponse est : possiblement oui. Ce vote exprime en tout cas qu’une majorité des adhérents (53% contre 45% pour le « couple » Geywitz/Scholz) ayant voté (54% contre 46% d’abstention) souhaite tourner la page du chancelier Schröder et des trois candidats successifs à la chancellerie (Frank-Walter Steinmeier, Peer Steinbrück, Martin Schulz), tous battus par Angela Merkel.

Remporter les prochaines élections (prévues en principe pour 2021) en se positionnant plus à gauche ? Même les plus optimistes n’y rêvent pas. Le SPD plafonne à 13-15% dans les sondages, contre 27-29% pour la CDU et 20-22% pour les Verts. En revanche, envisager de constituer une majorité à gauche (Verts, SPD, Die Linke) semble davantage à portée de main. Les possibles candidats verts à la chancellerie sont en tout cas dans les starting-blocks.

Dans l’immédiat, la question qui se pose est de savoir si le SPD doit poursuivre sa participation au gouvernement avec la CDU au sein de la Grande coalition (la « GroKo »). Différentes rumeurs circulent à ce sujet : un arrêt immédiat est exclu, mais la question sera évidemment examinée au congrès du SPD à Berlin (6-8 décembre). Les futurs Coprésidents du SPD y seront confirmés (sauf surprise improbable de la part des délégués) et ils y détailleront leurs recommandations aux députés sociaux-démocrates, qui sont de toute façon libres de voter ou non la confiance au gouvernement Merkel.

Par ailleurs, les deux nouveaux dirigeants du parti pourraient annoncer de nouvelles revendications du SPD dans les domaines social et écologique, que la CDU et la chancelière pourraient ne pas accepter. Les ministres SPD quitteraient alors le gouvernement, qui continuerait son travail, selon toute vraisemblance, avec une minorité parlementaire jusqu’en 2021.

Mais la question politique essentielle est de savoir si une mue du SPD avec ses partenaires verts (sans oublier la gauche radicale) est possible et si elle sera couronnée de succès. Ce serait un véritable changement de paradigme puisque la tradition du SPD au gouvernement a été, à l’exception de l’ère post-68 avec Willy Brandt (1969-74), plutôt de type « centriste » (Schmidt 1974-82, Schröder 1998-2005). Peut-être que cette époque est révolue et qu’une clarification des positions s’impose. Les électeurs pourraient apprécier une ligne plus audacieuse, mais cette ligne reste largement à définir. Au plan économique et social, elle devrait se traduire par une plus forte redistribution ; au plan écologique, par une incitation plus marquée à adopter des comportements vertueux.  Les deux personnalités qui viennent d’être élues sont en tout cas en cohérence avec ces orientations.

Décembre 2019                                                              Elisabeth Humbert-Dorfmüller

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